Raconté par
Sami Bouajila 
© Henri Martinie / Roger-Viollet

Né en 1966, en Isère, il se forme au théâtre à Grenoble. Il commence sa carrière d’acteur auprès d’Anne Fontaine et Éric Rochant, avant de rejoindre les États-Unis pour y tourner Couvre-feu d’Edward Zwick. Ses collaborations avec Rachid Bouchareb lui valent une reconnaissance publique et critique, confirmée par son rôle poignant dans Les témoins d’André Téchiné. En 2011, Roschdy Zem lui offre le rôle du jardinier accusé à tort dans Omar m’a tuer. Cinq ans plus tard, on le retrouve dans le film de Fraid Bentoumi Good Luck Algeria et en 2017 dans La Mécanique de l’ombre de Thomas Kruithof. 

Habib Benglia

1895-1960

Algérie

Né en 1895 à Oran de parents caravaniers, Habib Benglia est originaire du Soudan français (actuel Mali). Il a vécu toute son enfance à Tombouctou avant de débarquer, avec ses parents, en France pour livrer des dromadaires au Jardin d’Acclimatation en 1912. Happé par la vie parisienne, il ne rentre pas au Soudan, mais traîne dans les cafés du côté du Conservatoire. Un soir de 1913, au Café Riche, alors qu’il s’amusait à déclamer des vers, il est remarqué par Régine Flory. Elle le présente à Cora Lapercerie qui l’engage au Théâtre de la Renaissance. Il commence par des figurations, puis on lui confie bientôt des rôles. La Première Guerre mondiale se déclare et Habib Benglia est mobilisé avec les troupes françaises comme tant d’autres tirailleurs. 

 

Démobilisé avant la fin de la guerre, il reprend le théâtre avec Firmin Gémier et devient dans les années 1920, l’acteur fétiche des avant-gardes. Il joue dans la troupe de Fernand Bastide puis travaille avec Gaston Baty et les Compagnons de la Chimère. En 1923, il défraye la critique en incarnant l’Empereur Jones d’Eugène O’Neill sur le plateau du Théâtre national de l’Odéon dont Firmin Gémier vient de prendre la direction. Il apparaît alors comme le seul grand acteur noir d’Europe. On le compare alors à Ira Aldrige. Il enchaîne bientôt les rôles dans les mises en scène de Gaston Baty : maître-coq dans Cyclone de Gantillon, féticheur dans À l’ombre du mal de Lenormand, vendeur ambulant dans Le Simoun de Lenormand. Il entre dans la troupe de l’Odéon et joue le prince du Maroc dans Le Marchand de Venise, Philostrate dans Le Songe d’une nuit d’été, le Muphti dans Le Bourgeois gentilhomme. 

 

Parallèlement au théâtre, Habib Benglia donne des récitals de danse au Théâtre des Champs-Elysées, et mène des revues d’abord à l’Apollo (1921), puis aux Folies-Bergère (1925). Dans les années 1930, Habib Benglia fait du cinéma. Il tournera une cinquantaine de films. Il est notamment le mystérieux soldat sénégalais de La Grande Illusion de Jean Renoir. Il ouvre aussi un cabaret à Montparnasse, Le Train bleu. Après guerre, comme les engagements ne se bousculent guère, Jean Paul Sartre, lui écrit un rôle, celui du « Nègre » dans La P… respectueuse, créée au Théâtre Antoine. Puis, il travaille pour la radio et le doublage. Il meurt en 1960 après avoir joué dans une centaine de pièces et avoir contribué au développement théâtral aussi bien en France qu’en Afrique.

 

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